On imagine l'hypothermie réservée aux grands froids polaires. En montagne, elle guette surtout le randonneur mouillé, en sueur ou immobilisé par le vent, à des températures qui n'ont rien d'extrême. Savoir la reconnaître tôt change l'issue.
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▲Un risque qui ne demande pas de grand froid
L'hypothermie survient quand le corps perd plus de chaleur qu'il n'en produit. Elle peut se produire à des températures supérieures à 4 °C, généralement parce que la personne est mouillée, en sueur ou immobile dans le vent.
Le vent, par convection, est le mécanisme de perte de chaleur le plus rapide, suivi du contact avec l'eau froide ou un sol gelé. Un vêtement mouillé évacue la chaleur bien plus vite qu'un vêtement sec.
Certains facteurs affaiblissent la défense du corps contre le froid : la fatigue, l'hypoglycémie, l'alcool, certaines maladies. Les enfants, les personnes âgées et les personnes affaiblies sont plus vulnérables.
▲Les quatre stades
Hypothermie légère (35 à 32 °C) : la personne est consciente, elle frissonne de façon permanente, sa peau est froide, son rythme cardiaque et sa respiration sont rapides.
Hypothermie modérée (32 à 28 °C) : les frissons cessent, une confusion mentale apparaît avec une parole incohérente, une somnolence et des troubles de la coordination. La respiration et le pouls ralentissent.
Hypothermie sévère (28 à 24 °C) : la personne perd connaissance, le pouls devient difficile à percevoir et la respiration très lente. La victime est très sensible à toute mobilisation, qui peut déclencher des troubles du rythme cardiaque, voire un arrêt.
Hypothermie grave (sous 24 °C) : la victime est en arrêt cardiaque apparent.
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▲Les signes à repérer en randonnée
Les premiers signes sont des frissons intenses, des mains et des pieds froids et engourdis, une maladresse inhabituelle (impossible de fermer un zip, de saisir un objet), un ralentissement général et de l'irritabilité.
Le signal le plus trompeur est l'arrêt des frissons : il ne signifie pas que le corps se réchauffe, mais qu'il s'épuise. Un frisson qui cesse, associé à une confusion ou à une somnolence, marque le passage à l'hypothermie modérée.
Dans les formes sévères, certaines victimes ressentent une vague de chaleur et retirent leurs vêtements malgré le froid : c'est le déshabillage paradoxal, signe de gravité.
▲Les gestes immédiats
- Alertez les secours dès les signes de confusion ou dès que les frissons cessent : appelez le 112 et donnez votre position précise.
- Isolez la victime du froid, du vent, de l'humidité et du sol : abri naturel, sac de bivouac, couverture de survie, sac à dos glissé sous elle.
- Remplacez les vêtements mouillés par des vêtements secs si c'est possible sans trop la manipuler, puis ajoutez des couches et un bonnet.
- Apportez de la chaleur au tronc : chaleur humaine en premier lieu (serrer la victime contre soi), chaufferettes ou gourde d'eau tiède enveloppée dans un tissu, aux aisselles et à l'aine, jamais directement sur la peau.
- Donnez une boisson chaude et sucrée seulement si la victime est pleinement consciente et capable d'avaler. La boisson ne doit pas être brûlante.
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▲Ce qu'il ne faut pas faire
Ne frictionnez pas la victime : le massage énergique ne la réchauffe pas et peut être nocif. Ne lui donnez pas d'alcool, qui favorise la déperdition de chaleur. Ne la plongez pas dans un bain très chaud.
Manipulez-la avec ménagement dès qu'elle a perdu conscience ou qu'elle est confuse : une victime en hypothermie modérée ou sévère est très sensible aux mobilisations brutales, qui peuvent provoquer des troubles du rythme cardiaque. On la garde allongée, à l'horizontale, jusqu'à l'arrivée des secours.
▲Les situations qui piègent le randonneur
Une averse suivie de vent en altitude après un effort qui a mouillé la première couche est le scénario classique. La fatigue de fin de journée, un retard qui oblige à passer une nuit dehors, un brouillard qui immobilise un groupe sont d'autres pièges.
Le danger monte quand on cesse de bouger : au repos, le corps ne produit plus assez de chaleur pour compenser les pertes, surtout si les vêtements sont humides.
▲Prévenir plutôt que réchauffer
La prévention repose sur les mêmes principes que l'habillement : trois couches ajustables, un vêtement sec de rechange, un bonnet et des gants dans le sac, même en été en altitude. On enfile une couche à l'arrêt avant d'avoir froid.
Il faut aussi manger et boire régulièrement : le corps a besoin de carburant pour produire de la chaleur. Une couverture de survie et un sifflet ne pèsent presque rien et méritent une place fixe dans la trousse.
▲Après l'incident
Toute hypothermie autre que très légère justifie une évaluation médicale, même si la personne semble rétablie : les complications peuvent survenir plus tard.
On ne repart pas immédiatement. On se réchauffe, on mange, on se repose et l'on redescend par le chemin le plus simple, si possible accompagné, sans chercher à rattraper le temps perdu.
▲Le cas particulier des enfants et des personnes âgées
Les enfants perdent leur chaleur plus vite, en raison de leur petite taille et de leur rapport surface-volume ; les personnes âgées ressentent moins le froid et réagissent moins vite. Dans les deux cas, il faut surveiller les signes, couvrir davantage et raccourcir les pauses prolongées à l'ombre ou au vent.
Un enfant qui devient silencieux, pâle ou trop calme a peut-être froid : mieux vaut le réchauffer avant de décider de repartir.
▲Passer une nuit dehors sans l'avoir prévu
Un retard, un brouillard, une blessure : il arrive qu'un groupe doive passer la nuit en montagne. L'enjeu est alors de limiter les pertes de chaleur : s'isoler du sol avec les sacs à dos, les cordes ou la végétation, se protéger du vent derrière un rocher, rester groupés et garder des vêtements secs pour la nuit.
Une couverture de survie, un sac de bivouac et une boisson chaude dans une bouteille isotherme changent radicalement l'inconfort de la nuit. Manger et boire un peu de sucre aide le corps à produire de la chaleur.
▲Le matériel qui fait la différence
Quelques objets légers suffisent : couverture de survie, bonnet supplémentaire, gants de rechange, chaufferettes chimiques, sifflet et frontale. Ils prennent peu de place dans le sac et pèsent quelques centaines de grammes au total.
Un vêtement sec de rechange dans un sac étanche reste l'élément le plus utile : passer d'une première couche mouillée à une couche sèche à l'arrêt évite un refroidissement rapide.
À partir de quelle température corporelle parle-t-on d'hypothermie ?
Dès que la température centrale passe sous 35 °C. On distingue quatre stades : légère (35 à 32 °C), modérée (32 à 28 °C), sévère (28 à 24 °C) et grave (sous 24 °C).
Peut-on faire une hypothermie par temps doux ?
Oui : elle peut survenir au-dessus de 4 °C si la personne est mouillée, en sueur ou exposée au vent, surtout en cas de fatigue ou d'immobilité.
Pourquoi l'arrêt des frissons est-il un signe grave ?
Parce qu'il marque le passage à l'hypothermie modérée : le corps s'épuise, et une confusion ou une somnolence apparaissent. Il faut alors alerter les secours.
Faut-il frictionner une personne en hypothermie ?
Non. Le massage énergique est déconseillé, comme l'alcool et le bain très chaud. On isole la victime du froid, on la réchauffe progressivement au niveau du tronc et on la manipule avec ménagement.
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