🎯 Biathlon
Le compliment vient d'un Norvégien, et il pèse lourd. Dans un entretien accordé à un média Allemand, Vetle Sjastad Christiansen explique pourquoi la France a pris le dessus sur la Norvège : les Bleus tirent plus vite et osent. Cet hiver, il veut s'en inspirer.
À 34 ans, le champion olympique et triple champion du monde n'a pas l'intention de raccrocher. Il revient sur la défaite norvégienne en relais aux Jeux olympiques, et son diagnostic est sans détour.
« Regardez la France, qui nous a battus en relais olympique. Pourquoi nous battent-ils ? Parce qu'ils tirent plus vite. Ils osent, et ils prennent le risque. Nous, en Norvège, nous ne pouvons souvent pas nous permettre de prendre ce risque, parce que le danger d'être sorti de l'équipe est gigantesque. Nous devons sans cesse penser aux conséquences » — Vetle Sjastad Christiansen
« Aussi spectaculaires que les Français »
Avec le nouveau staff, les Norvégiens ont décidé de changer d'état d'esprit, en prenant les Français comme modèle sur le pas de tir.
« On s'est dit : OK, cette année, on veut aborder les choses de façon un peu plus détendue, pour pouvoir essayer d'être aussi spectaculaires que les Français, surtout au tir debout. On voit qu'ils appuient cinq fois sur la détente en 16, 17 secondes, sans le moindre doute. Ils le font, tout simplement. Nous allons essayer d'être un peu plus coriaces cet hiver » — Vetle Sjastad Christiansen
Lui-même veut accélérer sa cadence, sous la pression d'une jeune génération qu'il cite nommément, avec en tête Eric Perrot.
« Je vais essayer de tirer un peu plus vite, car les jeunes arrivent : Eric Perrot, Tommaso Giacomel et les Allemands, qu'on a vus tirer parfois très vite au Loop One » — Vetle Sjastad Christiansen
« Un monde presque cassé »
Le revers de la médaille norvégienne, c'est la concurrence interne. Un ou deux mauvais week-ends suffisent pour être renvoyé en IBU Cup.
« C'est vraiment dur pour la tête. D'un côté, c'est évidemment la force de l'équipe norvégienne d'avoir autant d'athlètes forts. Mais ça peut se retourner contre nous sur une longue saison (…). Quand on est Norvégien, il faut être en pleine forme sacrément tôt. Sinon, quelqu'un d'autre te prend immédiatement ta place dans l'équipe » — Vetle Sjastad Christiansen
Christiansen dit avoir réclamé aux nouveaux entraîneurs des critères plus lisibles. « Nous avions le sentiment qu'il y avait trop souvent des décisions arbitraires (…). Nous voulons des consignes plus claires et structurées », explique-t-il, avant d'aller plus loin.
« Quand ça te manque, c'est dur mentalement, surtout au tir debout, quand tu te bats pour la victoire mais que tu as en même temps dans un coin de la tête ce qui se passe si tu manques et que tu perds ta place dans l'équipe. Quand on est Norvégien, c'est un monde presque cassé, parce qu'on doit penser à tellement de choses à la fois. Et pour réussir en biathlon, le pire, c'est d'avoir peur de manquer. Je crois que c'est exactement ce que nous avions parfois » — Vetle Sjastad Christiansen
Le Loop One, « l'avenir du biathlon »
Le Norvégien s'est aussi enthousiasmé pour le Loop One Festival, disputé sur skis à roulettes dans le parc olympique de Munich.
« Des événements comme le Loop One sont l'avenir du biathlon (…). Beaucoup d'arguments plaident pour qu'on amène le sport aux gens, et pas les gens au sport » — Vetle Sjastad Christiansen
Quand un champion olympique norvégien cite la France en modèle, le message est clair : le rapport de force a changé.
Les chiffres le confirment, Eric Perrot figurant parmi les meilleurs tireurs de l'hiver dernier. Reste à voir si la Norvège saura vraiment se libérer de la peur de la faute. Tirer vite, ça ne se décrète pas, ça se travaille.