Une galerie de 200 mètres percée dans le Pic Blanc, puis un mur à 70 % que jamais une dameuse ne touche.
Deux cents mètres de galerie creusés dans le flanc du Pic Blanc pour basculer d'un versant à l'autre. De l'autre côté, un mur à 70 % sans damage et plus de 2 000 mètres de dénivelé possibles jusqu'à l'Enversin de Vaujany. Un dilemme à l'entrée, un point de non-retour à la sortie : c'est la piste la plus singulière des Alpes françaises.
01Percer la montagne : l'idée de Georges Rajon
Fin 1963, le téléphérique du Pic Blanc est achevé et l'Alpe d'Huez s'offre l'un des plus hauts sommets skiables de France. Problème : une fois à 3 326 mètres, comment redescendre ? Le vallon de Sarenne bute alors sur une gorge sans retour possible vers la station.
L'hôtelier Georges Rajon, celui-là même qui a ancré le Tour de France sur les routes de l'Alpe, trouve la parade l'année suivante : percer la montagne. Une galerie de 200 mètres bascule du versant est vers le glacier des Rousses. En 1964, la piste du Tunnel ouvre.
Soixante ans plus tard, la fonte du glacier a changé le décor. Des grillages tiennent le versant et une batterie de Gazex sécurise le couloir. La pente, elle, n'a pas bougé d'un degré.
« On skie désormais sur un glacier rocheux »
— Jean-Christophe Lapalus, chef des pistes02La Combe 3000, le test avant le saut
Avant même l'entrée du tunnel, la montagne fait le tri. La Combe 3000, premier mur sous le Pic Blanc, pointe à 60 %. Pour les pisteurs, elle a valeur de test : ceux qui arrivent en bas sans décrocher ont les jambes et la tête pour la suite.
La Combe 3000 n'est pas un échauffement, c'est un avertissement. Si elle vous pose problème, le Tunnel vous en posera un bien plus sérieux, car de l'autre côté on ne remonte pas.
03La galerie et le point de non-retour
L'entrée est éclairée de lumières bleutées : 200 mètres de pénombre, une lumière qui grossit au bout, puis le dilemme. Une fois engagé sur le mur, impossible de remonter la galerie. Depuis une quinzaine d'années, l'accès au grand mur se fait par la droite, via un corridor fraisé entre deux murs de neige.
« Quand il y a un secours, ça engage un peu plus. On resserre les chaussures dès qu'il faut sortir la barquette »
— Bertrand Tatu, chef de secteur des pisteurs-secouristesSur les quelque 3 000 visiteurs quotidiens du Pic Blanc en haute saison, un sur trois tente l'aventure. Les vidéos qui tournent sur YouTube attirent du monde, sans toujours rappeler que la caméra écrase les pentes.
« Combien de divorces ont été provoqués là, le mari ayant fait l'erreur d'embarquer madame dans ce tunnel »
— Bertrand Tatu04Le grand mur : 70 %, zéro damage
À la sortie du corridor, le grand mur tombe à 70 %, soit 35°. Aucune dameuse n'y passe : la piste reste au naturel et ferme si la surface vire au toboggan de glace. Elle est ouverte environ 80 % du temps.
Par neige fraîche, c'est un spectacle. Par regel, les bosses qui se creusent deviennent le seul frein disponible. En bas du mur, un rognon rocheux balisé de filets et un lac proglaciaire témoignent du recul du glacier, avant le couloir de la cascade et le schuss vers le télésiège du Lac Blanc, à 2 500 mètres.
Combe 3000
Le premier mur sous le Pic Blanc, juge de paix avant le tunnel.
Galerie du Tunnel
200 m de corridor éclairé en bleu, puis le point de non-retour.
Grand mur
Jamais damé, bosses naturelles, glacier des Rousses en cascade.
Rognon et lac proglaciaire
Rocher signalé par des filets, lac né du recul glaciaire.
Cascade et schuss
Le couloir final mène au télésiège du Lac Blanc.
05Une semaine pour enneiger 200 mètres
Enneiger la galerie demande aujourd'hui une semaine de travail à trois personnes, équipées d'une brouette à moteur. Sous Christian Reverbel, chef des pistes pendant quarante ans, tout se faisait à la main, avec le renfort de militaires du régiment d'artillerie de montagne et de vieilles luges en bois. C'est lui qui a créé la Sarenne en 1977, une alternative plus longue (16 km) et moins abrupte.
« C'était le temps où le Tunnel était fréquenté par des gens qui tenaient debout »
— Christian Reverbel, ancien chef des pistes de l'Alpe d'Huez📊 Les deux signatures du Pic Blanc
| Piste | Longueur | Caractère | Création |
|---|---|---|---|
| Le Tunnel | — | 70 % de pente, non damée, galerie de 200 m | 1964 |
| La Sarenne | 16 km | Noire engagée, l'une des plus longues d'Europe | 1977 |
D'autres tunnels skiables existent : Val d'Isère a le sien, creusé sur une cinquantaine de mètres et quasi plus ouvert, et Sölden relie deux glaciers par une galerie. Aucun n'offre l'enchaînement couloir puis mur à 70 % de l'Alpe d'Huez. Pour comparer, voir aussi les quatre grandes descentes de l'Alpe d'Huez.
06Fiche technique et niveau requis
📋 Fiche Le Tunnel
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Station | Alpe d'Huez (Isère), Grandes Rousses |
| Sommet | Pic Blanc, 3 326 m |
| Galerie | 200 m, éclairage bleu |
| Grand mur | 70 % (35°) |
| Combe 3000 | 60 % |
| Dénivelé | Plus de 2 000 m jusqu'à Vaujany |
| Damage | Aucun |
| Ouverture | Environ 80 % de la saison |
| Accès | Téléphérique du Pic Blanc |
| Retour | Télésiège du Lac Blanc (2 500 m) |
| Création | Georges Rajon, 1964 |
Une fois sorti du tunnel, impossible de faire demi-tour. Piste non damée, réservée aux skieurs experts confirmés. Vérifiez l'ouverture et l'état de la neige avant de monter au Pic Blanc.
?Questions fréquentes
Où se trouve la piste du Tunnel ?
À l'Alpe d'Huez, en Isère. Elle part du Pic Blanc (3 326 m), accessible par téléphérique, traverse une galerie de 200 m puis descend le versant du glacier des Rousses.
Quelle est la pente de la piste du Tunnel ?
Le grand mur atteint 70 % (35°). La Combe 3000, juste avant l'entrée du tunnel, monte à 60 %.
La piste du Tunnel est-elle damée ?
Non. Elle reste au naturel et ferme quand la neige devient trop glacée. Elle est ouverte environ 80 % de la saison.
Peut-on faire demi-tour dans le Tunnel ?
Non. Une fois sorti de la galerie et engagé sur le mur, le retour est impossible : il faut descendre ou être évacué par les pisteurs.
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